Nouveautés




VIALATTE Alexandre
Salomé

Réédition du texte paru pour la première fois en 1991 aux Belles Lettres,  Alexandre Vialatte écrit Salomé vers 1932. Ce roman, cousin des Fuits du Congo et de Battling le ténébreux, est un roman d’enfance, d’une enfance qui ne dépasse l’adolescence que pour aller à la mort, car toute la philosophie de Vialatte se résume dans la proposition suivante : l’enfance tue.

En savoir +
PUÉRTOLAS Romain
Les Nouvelles Aventures du fakir au pays d’Ikea

Rappelez-vous l’épisode précédent : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea ; soit Ajatashatru Lavash Patel, qu’on expectorera selon les goûts et la virtuosité phonique achète-une-truelle ou jette-un-tas-de-choux, as de l’arnaque fakirique en tout sens et madré épateur de gogos. Après un soubresautant tour du monde emboîté dans une armoire Ikea qui l’avait vu, par avion ou par cargo, transbahuté d’Angleterre en Espagne et de Paris à Tripoli, nous avions laissé l’homme coulant les plus doux des jours avec Marie Rivière, la dame de son cœur et écoulant par palettes entières le récit de sa déménageante saga. Les gens heureux étant privés d’histoires et comme d’urgence il nous en faut une, voilà. Alors que notre héros macère dans l’aisance avec la volupté d’un cornichon dans la saumure et se confit dans le plus gras bien-être, son éditeur retoque son second opus, lisse à l’excès et bien bouffi de consensualité. Pour la faire brève, notre fakir est devenu mou du clou, glabre du sabre et son tapis de braises vire à la moquette haute laine. Réagissez, mon bon ! Et notre Patel de repartir à la reconquête de soi. Cap sur la Suède pour rencontrer Dieu lui-même, l’Allah de la clé Allen, le maître d’Ikea, et se fournir en Kisifrøtsipik, la Rolls du tapis à clous. Par chance, dès l’aéroport, les choses vont mal : emporté dans une louche affaire de diamants, confronté au  baron Shrinkshrankshrunk, patron de Nespressé et roi de la dosette corsée, au professeur Ronaldo, gemmologue brésilien, sauvé de la mort par une édition polonaise d’Autant en emporte le vent, il se retrouve cloué dans une commode et largué en pleine Baltique, d’où il sera sauvé pour coulisser dans la confraternité d’un cirque belge et apporter une assistance magique à des réfugiés syriens. Tout cela entrecoupé de souvenirs d’enfance marqués par la férule et la duplicité de son maître et initiateur Baba Ohrom. Alors, on avale sa boussole, on ravale sa carte et on mise à l’aveugle. Avec la seconde aventure de son fakir, Romain Puértolas, en digne fils de Verne et parfait gendre d’Alexandre Dumas, réaffirme cette vérité d’évidence : le monde n’est qu’une commode Ikea, assemblée par un fakir, pleine de fausses portes et de doubles fonds, et que l’on assemblera jamais !

En savoir +
BLANCHARD André
Un début loin de la vie

En 1989, Entre chien et loup révéla la ferveur patiente et le souci hanté pour la lecture d’un solitaire : André Blanchard. L’opus fut suivi de onze livres qui nous conduisirent dans ses randonnées tâtonnantes et forcenées, et nous rendirent adeptes de l’inflexible calme et de la pénétrante nonchalance de son regard.Sont réunis ici deux textes qui nous livrent les épisodes d’un choix, les étapes d’un acheminement complexe vers l’acte d’écrire, la place de l’écrivain, la constitution d’un panthéon portatif de plumes élues. La tension d’un Début loin de la vie, celle d’André Blanchard, nous est donnée d’abord sous forme d’« Ex voto », écrit en 1999, texte-flèche, furieux et fougueux, longue phrase hoquetante de 70 pages qui déferle comme un bête affamée, sinue comme lézarde soudaine. Blanchard avoue sa vie comme dans un cri. Puis ses premiers carnets, tenus de 1978 à 1986, pas à pas, mois à mois. Mère trop pieuse et père absent, renoncement au Droit, pion revêche face à la horde houleuse, refus du mendigotage professionnel, vendanges, amour, rencontres et surtout lectures. Confiant un régal, avouant une nausée, vantant Mauriac, Green et Léautaud, leurs journaux lus en désordre, casanier évoquant ses rayonnages telles des contrées fabuleuses, L’homme est moins aux abois qu’aux aguets, toujours amoureux de K., sa dame, parfois d’un humour épatant (Blanchard endurant un dîner de randonneurs...) Malgré une surdité envahissante, une vie chiche, le bonheur est là, sous la lampe, près des livres, cerné par la fluidité du chat. Décédé en 2014, à 63 ans, André Blanchard nous lègue moins un savoir que des saveurs, l’essentiel.

En savoir +