Catalogue livres thème : Poésie


Amour perdu

Quoi de plus doux pour apprendre quelqu’un / que de connaître son organe intime. Et le poète William Cliff de prendre le large, en skipper subtil, sur la grande mer des corps virils, d’aller, promeneur solitaire, narine aux vents et mains de sourcier, taillant la route des roideurs et des spasmes, cap sur les visages donnés et les élans offerts au détour de soudaines rencontres. S’engouffrant à perte de corps dans l’obscurité de certaines salles au fumet fétide, aux fauteuils défoncés, mais au voisinage délicieux, accostant aux bars de la nuit pour quelques contacts fugaces, à Philadelphie ou Viña del Mar, New York ou Bruxelles, William Cliff, beau héros abreuvé d’abjection au fil de poèmes néoélisabéthains, ciselés et d’une délicatesse glorieuse, narre le membre frémissant de l’hôte d’un soir, les cuisses du louveteau, l’orteil de l’amant, les douces muqueuses : car dans la vie on aime que nous happent / certaines choses un peu dégoûtantes / qui nous font sortir de l’ennui ordinaire. Une quête des corps amoureux qui délivre de ce cafard qui encrasse les jours et dont le soleil, dieu de flamme qui sourit aux heureux et frappe ceux qu’il damne, ne nous délivre pas. Plus de vingt-cinq ans après son tombeau de Conrad Detrez, William Cliff fait retour au Dilettante pour un nouveau cahier de poèmes qui tente de prendre aux rets du mètre classique les fuyantes extases de l’amour masculin et de garder encore l’enfance d’un corps promis à la mort : Salut à toi, beauté, que la rue m’a fait voir !

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Au Nord de Mogador

Par deux fois déjà, le poète William Cliff, Belge au beau nom de pirate, a fait halte au Dilettante, le temps d’y poser son sac, nous offrant, mains fiévreuses et regard ébloui, provende de poèmes et volée de beaux vers, le reposoir de son cœur et l’élixir de ses souffrances : avec Conrad Detrez, ce fut l’hommage à l’ami disparu; Amour Perdu évoque, d’élans soudains en fougueuses escapade, des amours mâles qui jalonnent sa route et ponctuent ses heures. Avec Au Nord de Mogador, assidu toujours à jouer de la rime et à régler son vers comme on touche de l’épinette ou jongle du couteau, William Cliff assemble un herbier d’instants, dévide une corde où chaque nœud sert à marquer la vitesse de la vie, ses cadences rudes, ses points de force. Il nous y parle, dans une langue qui est celle de Maurice Scève, du Shakespeare des Sonnets ou d’Apollinaire, de villes ou de pinsons, de regards échangés et du poids de la terre, de menus instants qui illuminent le monde, de l’église Saint-Merri, d’un avion pour Philadelphie, d’un prince dans une gare croisé ou d’une panne d’électricité. Des moments sertis dans le vers, des lueurs prises dans l’ambre du mot qui font de William Cliff, là comme un tas de viande surannée / transpercé par le cri d’un oiseau forcené, un poète absolument contemporain. 

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Conrad Detrez

Dire en dix pieds, dix vers, et cela par cent fois, ce que furent la vie puis la mort, ce qu'est le souvenir d'un ami disparu: c'est ce qu'accomplit le poète William Cliff. Le monde sans Conrad n'est plus qu'une arène enneigée, un sol froid, vidé de sa violence lourde et chaleureuse. Pour le dire, un modèle, un guide: la Délie de Maurice Scève. Paroles, scènes, attitudes; remembrance que rompt parfois le grain plus dur qu'une cocasserie, d'une prière, ou l'aveu du poète peinant à clore son vers... Conrad Detrez, ou le long thrène du "frère abîmé dans la poussière".

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Crimes d'ortie blanche

Mesdames et messieurs, vivants et bientôt morts, entrez, tenez-vous aux tentures, empoignez la rampe et suivez la lueur. Car c’est en bas, au fond, tout au fond. Au fond de la fosse, de la fente, de l’abîme, que nous invite à le rejoindre Yanowski. C’est depuis les outre-fonds des trous les plus infréquentables, tavernes sans néon, vagins avachis, gosiers sans rive, qu’il s’adresse à nous, pousse son brame d’histrion des Derniers Temps, déroule ses cantiques à la mort blême et entonne ses odes déchues à la pourriture fastueuse. Fondateur et animateur, avec Fred Parker, du Cirque des Mirages, il nous offre là des textes germés de la scène, nés des planches où il promène, depuis l’amorce du nouveau millénaire, sa face plâtreuse de pierrot suicidaire et ses cambrures alanguies de Des Esseintes de piano-bar. Il y est question de tout ce qui fait la mort frangine et la vie coquine?: les putains sans dents et les nuits sans lune, les christs à la trique et les zombies en troupes ; on y parle sacrilège et derniers verres, petites morts et grandes douleurs ; on y voit passer des marins à l’haleine de noyés et des avorteurs mélancoliques, des clowns cannibales et des monstres tricotés d’infamies. Alors si vous êtes encore un tantinet habités du désir d’y croire, de l’envie d’en être et du besoin de survivre, ouvrez Yanowski, il est de la race des Corbière, des Lautréamont et des Lou Reed, né souffleur de bougies et bourreau des âmes, il vous démaillotera de vos croyances au lendemain. Habillé des collages surréalistes de Lou Dubois, voilà le guide-chant de l’Apocalypse. Musique !

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Dépêches au cerf-volant

"Je voudrais être comme le camphre, brûler sans laisser de résidu", déclarait Sainte-Croix-Loyseau (1901-1987). En publiant ses œuvres complètes Le Dilettante extrait avec délicatesse, d’une ombre dense et méticuleusement entretenue, un poète qui n’a souhaité pour lui que la pure flamme d’un chant discret, l’ardeur secrète d’une parole réservée, sans fariboles publiques ni "résidu" mondain. Fils d’une famille de bonne bourgeoisie, Christian Belle opta, au civil, pour une carrière diplomatique qui le mena en tous points de la planète, de l’Amérique du sud, où il représenta la France libre, à l’Asie et l’Europe. À l’écart du monde diplomatique, et à l’image d’autres, comme Claudel ou Saint-John Perse, qui comprirent qu’il est parfois utile d’être ambassadeur pour rester poète, Sainte-Croix-Loyseau trama puis déroula l’étoffe mince et serrée d’un chant poétique d’une rare intensité. Sa solitude fut celle d’une oriflamme : offerte au vent. Être retenu mais esprit disponible au monde, il pratiqua un intimisme de grand vent. L’Océan fut son alcôve, la Terre, sa boule de cristal. À l’image de celle d’un Supervielle, sa poésie est portée par une houle énorme et douce, la lame de fond d’une joie d’être au monde et sur laquelle la plume se pose. Un mélange d’amplitude et de ténuité, un sens aigu de la vision microcosmique qui sublime le tout dans l’élément restreint d’un poème ou d’une prose. Feuillets d’album maritime, exégèse intérieure vécue dans le quotidien, prose romanesque à la Gadenne où les personnages sont des signes chargés d’intensités contraires, visions lointaines proches de celle d’un Chadourne ou d’un Segalen, le petit archipel littéraire nommé Sainte-Croix-Loyseau déroute par l’incessante variété de ses paysages, la saveur de ses criques, l’ampleur subite de ses étendues. Oeuvres complètes

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La Hauteur des murs

Appelons-la "tribu des nuques raides", c'est un groupe restreint, fait de prophètes maussades, de braqueurs de foudres, d'attentateurs à la pudeur de pensée. On y trouve tous les francs-tireurs, compagnons de route (et de déroute) du surréalisme, on y trouvera Artaud, Bataille, Mandiargues, d'autres encore. On y trouve le poète Maurice Blanchard (1890-1960), "chasseur d'aurore et d'aurochs", que réédite Le Dilettante. Socialement intégrable (il est selon les moments ouvrier, marin, aéronaute, ingénieur), entré en dissidence en 1929 - l'année de son premier recueil - et en Résistance en 1940, traducteur de Shakespeare, ami de Char, c'est un phare secret pour tous ceux qui voient la poésie comme un arme de poing. Ses poèmes (qui ont tous Rimbaud tatoués sur l'épaule) ont la beauté d'une affiche clandestine, attirent comme des plantes carnivores, claquent comme des drapeaux. S'y croisent maints blasons naturels, force blessures lyriques, des bouquets de vertiges. Blanchard a le masque de ceux qui crient mâchoires serrées, il laisse hurler sa plume, fait du lyrisme une arme par destination. À l'écoute, toute!

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Loin des fleurs

"Depuis treize ans qu'il sévit dans le square des lettres, Nabe a semé sa zaninienne zizanie dans toute une flopée de parterres : avec Le bonheur, le roman a été poussé au ravin ; il a lacéré d'un Z qui veut dire Zigzags la panse enflée des essayistes et des critiques. Chacun mes goûts (le retour !) a été la Saint-Valentin des aphoristes. Manquait la lyre. La voici : Loin des fleurs. Si Nabe pince la lyre, c'est jusqu'au sang. Chaque poème est une passe d'armes : il s'agit de toucher vite, de piquer juste. Loin des satrapes du minimalisme aphone, des débitants en lyrisme à la pression : chaque poème tombe dans la mare verglacée de la dignité poétaillonne comme un sumo au tapis. L'éclaboussante et pesante majesté d'un lyrisme à pleines tripes. À lire la serviette au cou. Après cela, la poésie n'a plus qu'à tremper un doigt dans son sang et à tracer sur la page blanche de peur : Nabe m'a tuer."

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Paroxysmes

"Dès 1949, Henri Michaux attire l'attention sur Paul Valet, médecin à Vitry, banlieue ouvrière. Confronté à la misère et à la détresse, au drame et à la solitude, Valet nous livre une poésie en guerre : contre l'humain, contre la langue. Le poème est une balafre continuelle ; ainsi que le dit Pascal Pia : « Paul Valet distille de l'eau d'arquebuse. » Cette poésie maquisarde brille d'une révolte nue. Valet est un ascète du Non, un homme-contre."

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