Catalogue livres thème : Roman / Noir


J'ai déjà donné...

Ce livre-testament a été écrit en 1984 et terminé quelques mois avant la disparition de l’auteur en 2004. Avant la parade, revue de paquetage ! Alain Fournier (nom de guerre : A.D.G. ou encore Alain Camille ; 1947-2004) est au néo-polar français d’après 68 ce qu’on appelle dans un défilé militaire un homme de base, à savoir le premier, tout en haut à droite, sur lequel les autres marcheurs au pas règlent leur cadence. À droite, il l’a été, et ferme : à l’assaut en 68 dans les rangs royalistes tourangeaux contre la chienlit rouge, rédacteur à Minute et, pendant dix ans, militant caldoche en Nouvelle-Calédonie. Quant à la cadence, il a donné le rythme, en compagnie de son ami J.-P. Manchette (tout en haut à gauche), au polar français, revivifié par la gouaille célinienne et le vibrato hard-boiled, dans les années 70. Les autres, comme on dit sur le Tour, n’ont eu qu’à leur sucer la roue (et la sucent encore). Fruit des noces épiques de Bardamu et de Chandler, Machin, son héros d’origine russe, dont voici l’ultime tour de piste, aura eu neuf aventures. Maintenant musique ! Maître Delcroix (Paul), ex-para (mais est-on jamais ex dans ce type de famille ?) et son escouade de donzelles apprend la mort de Machin (né Djerbitskine) loin là-bas, en Nouvelle-Calédonie. Rendu sur place, il hérite d’un manuscrit laissé par le défunt. Titre de la liasse : J’ai déjà donné… Mise au point dévastatrice avec une droite extrême qui doublejoue en permanence avec les idées et la morale, mais surtout récit pure province, hautancouleur, miné de vannes couenneuses à souhait et hérissé de néologismes double-pot. On n’en dira pas plus, sauf que l’histoire passe en permanence d’une main à l’autre, celle de Machin qui rudanslébrancarde à celle de Delcroix qui notanmarge. Pour son dernier baroud, voici donc l’A.D.G. retrouvé, en roue libre et pitonnant à souhait de la fournaise. Plume au canon, on !

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La Soudure

Tremblez faiseurs et vous indignes passeurs de momies et autres fourgueurs de mornifle littéraire, le Guyard circus is back in town ! Les yeux regagnent leurs orbites en catastrophe, les pendules sont remises à l’heure au pas de charge, on retouche terre dans l’euphorie : voilà du vrai, du velu et du carné. Voilà de l’écriture ! Après l’épopée philosophico-carcérale de La Zonzon, après une montée en chaire d’anthologie pour 33 leçons de philosophie voyoutes, voilà La Soudure qui est, je n’apprends rien à personne, l’art de boucler son mois et de fusionner les métaux. Romance chienne pour Gitan technophile, saga en roue libre pour quelques éborgnés de la vie. J’énonce : Lui, c’est Ryan Moreau, impatient-né et dentellier-soudeur virtuose, elle, c’est Cyndie Roux, une gentille téléportée du bulbe qui vit d’amour pur et d’art métallique ; autour de ces accortes tourtereaux démonétisés et sans enfant gravite une galaxie de monstres joviaux comme maître Cube, obèse avocat marron, les patibulaires frères Patrac, Kristopher, compagnon de route et de déroute, la reine Josépha, impératrice des caravanes. Et tout ce beau monde d’affiner à l’infini l’art de gagner plus en travaillant peu, si ce n’est en trafiquant de l’herbe louche ou de la poudre d’escampette, en désossant les 4 X 4 et en rêvant méthode, planning et dividende. Après passage par la case prison et embrasement généralisé, tout cela aurait pu mal finir, dans l’hécatombe et le déficit, si ce n’était l’appui poétique d’un capitaine lyrique aux élans homériques qui remettra à flot tout ce beau monde. Alors quoi, en définitive ? Eh bien c’est : « criard, vulgaire, agressif et disproportionné comme une femme saoule qui accouche debout (...) absolument mochetingue, mais joyeusement barbare, délicieusement obscène comme un bikini de petite fille taillé dans une escalope crue. » C’est l’auteur qui le dit, croyons-le. 

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Le Souilleur de femmes d'Oxford

Imagine-t-on Holmes, Sherlock, prélevant, flanqué du candide Watson, des lambeaux de peau sur le cuir d’un fouet, des cendres de cigare sur les rebords d’une plaie ? Se figure-t-on le père Brown méditant sur le lassage d’un corset de cuir ou une giclure spermatique ? Poirot inventoriant une cuvette publique ? J’en ai rêvé, Dexter l’a fait. Gary Dexter, le concepteur de ce Souilleur de femmes d’Oxford que publie le Dilettante. En lieu et place du cocaïnomane violoniste de Baker Street, nous trouvons le Dr Henry St Liver, expert en criminalistique bizarre, consultant pour un Yard où Lestrade se nomme l’inspecteur Pelham Bias ; il est accompagné dans ses périples par la jeune Olive Salter, retour d’Australie. Au fil tortillé de huit enquêtes, on verra St Liver donner du scalpel et jouer de la lancette dans les plaies secrètes d’une Angleterre où les bourgeois dignes et rentés se révèlent avides de piétinement en talons hauts ; où les mères de famille méritantes se muent, la nuit venue, en prédatrices ; où les lords s’exhibent maladivement en plein office religieux, et n’ayons garde de passer sur le voyeur scatophile embusqué derrière la cloison des W-C, les uraniens masqués, les travestis secrets. Toutes affaires que St Liver explicite avec soin, s’appuyant, confession des intéressés à l’appui, sur les doctes recherches sexologiques d’Havelock Ellis ou Magnus Hirschfeld. Place aux enquêtes du Dr Henry St Liver ou les mystères de la perverse Albion enfin mis à nu.

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Moviola

"Le barde polardier, baroque et méphitique, qui a monté en état second cette saccade de plans cousus main, c'est Serge Dounovetz. L'écran de sa Moviola est un hublot graisseux qui vous fait piquer droit sur une ménagerie de torves fauves, un glauque vivier de prédateurs. L'histoire ? Abel est à bout, songe à la mort. Il bute sur Zita, contorsionniste solaire, qui le vulcanise illico. Mais les nocifs Zita's brothers pincent Abel et le pilonnent à mort. Il se relève ; la déprime s'apprête à renouer avec lui, quand un prod'adipeux et poisseux d'or l'engage pour un long. Là grouille une ménagerie cinéphilistique et interlope, et tourne le manège ! Dans une langue crépitante comme une cartoucherie de mots violâtres, poisseux et barbelés, giclés chauds sur notre plastron mental, c'est une saga bondée de faits d'ivresse et de cœurs en or, de vrais morts et de faux vivants."

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Odyssée Odessa

Rembobinez, vous êtes cernés ! Dounovetz Serge alias Chefdeville, bien connu de nos services (de presse), voir l’épisode précédent (Je me voyais déjà..., éd. Le Dilettante) : un dur du cuir adonné à toutes formes d’aventures en roue libre : machiniste un jour, chauffeur de stars le surlendemain, dissident de la plume en résidence, coach à risque d’écrivain imbibé, et surtout, surtout, polardier dans l’âme. La résurrection bien attendue d’un de ses hauts faits de plume : Odyssée Odessa. Signalons tout de suite que l’opus ne fait pas dans le light et le mi-cuit, qu’odyssée il y aura, mais qu’à Odessa on n’ira pas. Polar servi dans sa graisse avec, un œil à l’affiche, Kléber truand madré et TV Killer chevronné, Eva, sa gueule, coiffeuse, Bérengère, aide shampouineuse « aux cuisses douces comme des pierres de talc », le beau Youri, ukrainien, et Hadji, comparse. Barricade d’en face : le commissaire Mérou et Leprince, flic black, et un nain à face de pitbull. Au fil d’une intrigue trépidante comme une machine à pop-corn, bouteilles de s’aligner, dames de s’écarteler, mort de s’empiler. La caïra des banlieues venant se joindre à la ronde, ainsi que quelques fronts bas de l’Algérie française. Une histoire sans foi ni loi, un concerto pour K7 vidéo bien gênante, dépassements de vitesse et défouraillage au quotidien, une course en sac où on la joue tête-bêche, poker menteur et la main sur le colt. Bilan : un Dounovetz beau comme la rencontre impromptue sur un capot de R8 Gordini d’un sécateur et d’une main courante, d’un juke-box Wurlitzer et du Dies iræ. Bouclez ceinture, et roulez jeunesse !

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