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33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons

Nom : Guyard ; prénom : Alain ; vocation : Socrate des parloirs, Bergson des centrales. Si Hammett, comme l’a écrit Chandler, a ôté le polar de son vase vénitien pour le jeter dans la rue, Guyard, lui, a extrait l’art de philosopher des hauteurs sacrées de la chaire pour le fourrer en tôle, soumettre la dialectique à l’écoute des incarcérés. La chose n’est d’évidence pas fort aisée ; en témoigne son précédent opus, La Zonzon ou les soubresautantes avanies du philosophe Lazare Vilain, parti philosopher entre quatre murs, et ce qu’il en advint. Mais initier à l’art du concept les écroués, s’il se fonde sur le talent de l’orateur, se doit aussi d’en passer par l’art du manuel, d’où ces 33 leçons que publie le Dilettante. Partant du constat que « l’histoire de la philosophie ressemble plus à une cour des Miracles qu’à un court de tennis », Guyard narre l’histoire de la métaphysique comme elle doit l’être : avec l’encre des faits divers, éclairant les aventures du concept à la lumière des réverbères. Socrate se fait « philosophe de comptoir », Épicure écope de l’étiquette demi-sel, Ockham joue du rasoir dans les contre-allées de la théologie, Machiavel vire au serial killer, Descartes au mercenaire ; quant à Spinoza, c’est carrément « Ramdam à Amsterdam ». Cossery, « dernier des pharaons », ferme cette « parade sauvage ». Sont joints à ces coruscantes méditations canailles des travaux pratiques, utiles pour l’évaluation des sujets. 33 leçons pour rendre à la philosophie, aujourd’hui si populaire mais si inoffensive, son maquis et sa bonne odeur de poudre, de fer chauffé à blanc, et de vin rouge.

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Au régal des vermines

Le Dilettante a jugé nécessaire de rééditer à l’identique le premier livre, depuis longtemps épuisé, d’un auteur dit « scandaleux »… En effet, en 1985, avec Au régal des vermines, on assistait à la naissance d’un écrivain de 25 ans qui croyait en son verbe au point de l’imposer avec force : Marc-Édouard Nabe. Ce verbe charriait comme un torrent des cailloux qui, à l’époque, ont pu au passage heurter bien des sensibilités, mais indéniablement il était, et il reste, à contre-courant de tant de petits ruisseaux « rigolant » depuis dans le sens de la pensée tranquille… Aujourd’hui, vingt ans après, ce livre prophétique à bien des égards est à redécouvrir. Son ton d’incroyable liberté, son humour terrible et ses thèmes fondamentaux abordés sans ménagement parleront à coup sûr à une nouvelle génération. L’intérêt de cette « renaissance » sera également dans la lecture d’une copieuse préface à l’ouvrage intitulée Le Vingt-septième Livre. Il ne s’agit pas d’une analyse a posteriori, mais d’un état des lieux, écrit ici et maintenant, et où Nabe dresse le bilan de sa situation après 26 livres publiés. Un texte fort, triste et drôle, qui rend compte avec honnêteté de ce qu’est devenu l’auteur du « Régal », et avec lui une certaine idée de la littérature. Il met en parallèle son destin et celui de son ancien voisin, Michel Houellebecq : comment ce dernier a tout réussi, alors que lui, Nabe, a tout raté. Une façon de célébrer les parcours croisés d’un auteur, Marc-Édouard Nabe, et d’un éditeur, Dominique Gaultier, tous deux « nés » il y a vingt ans, et qui se retrouvent ici dans le culte de la littérature et de l’amitié.

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B.B. 60

"1959. Foire de Francfort. Délégué par la bibliocratie parisienne, François Nourissier furète dans les travées de ces comices planétaires de l'édition. Une publication italienne lui tire soudain l'œil : côté mots, la fort mandarinale et très enturbannée Simone de Beauvoir ; côté clichés, l'animalissime B.B. Nourissier voit, un rêve !, dans le tandem formé par la douairière du féminisme et la lolita du gaullisme un ticket gagnant. L'affaire se fait. Mais, retour à Paris, madame de Beauvoir avoue que son texte est la propriété d'une revue américaine. Ne restent alors que les photos, orphelines. À qui l'honneur de passer aux clichés de la Tropézienne l'étole d'un beau commentaire, de nouer autour de son minois le foulard d'un hommage percutant ? Sur le souhait de Bernard Privat, Nourissier s'y collera. La réussite est là. Nourissier passe au cou de la belle une rivière de quarante feuillets scintillants, lui ceint la taille de quarante petites pages crépitantes, qui piquent juste, font mouche à tout coup."

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Faune et flore argotiques

Flâneur méthodique, Robert Giraud peaufine son errance. Il passe Paris à gué, zinc après zinc, dans tous les sens. Par instants, dans le gris flux du propos courant, il entend scintiller l'eau d'un mot exquisément verdoyant. Des échantillons ? Pour la Faune, voici l'arche : l'abeille, l'ablette, l'anchois, l'âne, l'anguille… D'autres encore volent ou rampent, marchent ou sautent et renvoient au secret des dames, à l'ardeur des messieurs, aux manigances de tout le monde. Pour la Flore, c'est un herbier verbal : l'acajou, l'ail, l'amande, l'asperge, etc., de quoi s'entre-jardiner jusqu'au soir, et pour les mêmes raisons.

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François, Alfred, Gustave et les autres…

Le danger majeur de l'essai littéraire est de s'apparenter à la taxidermie. Loin des trophées ternes et figés, Jacques Perret nous fait visiter son ranch. Là, les écrivains, comme des bêtes, renâclent, brament, pleurent et chient tout leur soûl : Rabelais s'en met partout, Vigny est roide et piaffant, Balzac, bestial et finaud, matoisement balourd. Puis ce sont un Dumas démoucheté, un Flaubert bouchonné, et encore Poe, Barbey, Renard, Vialatte, London. Voilà, tout ce monde est atrocement vivant. Perret nous les sort, les ferre, les selle et les fait trotter sous nos yeux, dans nos têtes, en une parade à mi-chemin entre le commentaire et la dégustation amicale. Et c'est la seule critique viable : celle d'un écrivain décrivant amoureusement d'autres écrivains.

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Jacques Rigaut, portrait tiré

"De la louche cohorte de pommadins qui entourèrent André Breton, certains se détachent d'une manière plus inquiétante que d'autres. On sait d'avance qu'ils ne rentreront jamais dans les rangs bien alignés de la poésie taillée comme buis ; qu'ils sont rétifs à la parade et aux mots d'ordre. Rigaut en fut, d'instinct, nativement. Sa vie le prouve, que nous conte Laurent Cirelli. Avec lui, d'autres réfractaires-nés : Cravan, Crevel, Artaud. Rigaut s'est voulu sans source, façonnant sa mort dès l'abord de la vie. La guerre de 14 le rend à la vie plus vidé qu'une douille ; il fait alors du droit pour meubler le temps. Survient Dada, l'esbroufe rédemptrice : une lueur entre deux riens. Mais Rigaut, qui se sait du parti de la mort, du suspens, gagne son large à lui, se défiant d'un élan au vide qui tourne à la consistance doctrinale. Alors, fidèle à sa soif de démobilisation, un beau jour de 1929, Rigaut s'ôte la vie et s'extériorise, d'un coup sec et pour toujours."

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La Marseillaise

Le chant d'amour de Marc-Édouard Nabe pour le jazzman Albert Ayler.

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Lénine dada

C’est ainsi. On la croyait dite, la messe, la messe à l’envers, l’anti-Cène qui ouvre la voie des avant-gardes européennes : dans la tabagie d’un tapis franc -zurichois, le Cabaret Voltaire, parmi le convoiement brinquebalant des choppes, les gueulement hilares des présents, l’avènement de DADA, incarné sur maints tréteaux par les Tzara, Arp, Huelsenbeck et autres as nuiteux de la rupture de tous bans possibles. Zurich, œil fiévreux du cyclone européen de 1916. C’était compter sans l’industrie patiente et l’érudition sourcilleuse de Dominique Noguez. Lui enfonce un coin, élargit le cadre et continue à déplier la lettre, découvrant un angle de vue, mettant à jour un post-scriptum hallucinant : DADA ne nous vient pas de l’errance tâtonnante d’un doigt poétisant sur une page de dictionnaire (version de la vulgate), mais de l’exclamation jovialement approbatrice d’un exilé du cru : Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine. Lui, qui se serait exclamé, à la vue d’un happening furibond (coups sur caisse pas très claire, violon invisible et danse non-euclidienne) : DA DA! Le grand OUI du grand Russe au grand BI de la jacquerie mentale en ce lieu éclose. Et n’en restons pas là : Lénine aurait, preuves à l’appui, mis la main à la pâte poétique de Dada, et fait de la révolution russe un grand happening ubuesque. C’est la thèse de Noguez. Preuves à l’appui, on vous dit. L’extraordinaire coïncidence qui fit se côtoyer à Zurich en 1916, plusieurs mois durant, Lénine et les premiers dadaïstes, est longtemps passée inaperçue. L’étude patiente et méticuleuse de cet épisode trop mal connu conduit Dominique Noguez à une découverte stupéfiante, qui remet radicalement en cause la vision qu’on avait jusqu’ici du leader bolchévique, de sa politique et, d’une façon générale, de l’histoire contemporaine. Traduit en plusieurs langues dont le japonais (mais pas le russe), ce livre où tout est vrai passe depuis près de vingt ans pour un classique du canular. À tort ou à raison ?

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Les Chiens à fouetter

Qu’est-ce que la littérature ? se demandaient nos grands-mères. Est-ce une vocation tenace ou un commerce juteux, un rituel prescrit ou une source de plaisir ? Couche-t-on ? Découche-t-on ? Ma foi, prenez l’ensemble, liez en botte ou passez au mixeur, vous ne serez pas loin de la vérité. Cela vous a un goût de poussière et de sang, de fiel et de frangipane. Nauséeux et pourtant……En 1956, François Nourissier sort d’avoir été pendant trois ans secrétaire général des éditions Denoël. La littérature française, sa vie, ses oeuvres, il connaît ça comme sa poche, mais c’est une poche tout ce qu’il y a de revolver. D’où ce pamphlet délicat en forme d’exercice imposé, dédié au roi René (Julliard), où l’art de viser aux chevilles et de tacler sec s’exerce en maître, ce avec un toucher perlé tout ce qu’il y a de régalant. La scène est à Tours (un Tours de toujours, sempiternellement post-Balzacien), où un jeune fiévreux, hanté d’envie brûlante, affichant un cynisme de confection, souffre d’être, inconnu, au fond de la salle et rêve d’aborder aux fastes du buffet des lettres. Mais comment fendre la foule ? Fendre une foule littéraire est un art. Il s’en ouvre à « Grantécrivin ». Grantécrivin qui, élevé dans le sérail, en connaît les détours, lui fait les honneurs de la méthode, lui détaille le trousseau dont les clés ouvriront les accès utiles. On assiste alors à une visite de chai ou revue de matériel tout ce qu’il y a d’étonnante ; tout le paysage littéraire français de 1956 est mis à l’honneur : passage en revue des pontifes, pesage des caciques, pignons sur rue commentés en détail, ours de revues scrutés à la loupe, du museau à la griffe, analyse de cas, leçon d’esthétique. Bref, de quoi déniaiser le godelureau et aviver ses envies ou de quoi le dégoûter à jamais de l’encre, de la plume et de ceux qui les mêlent. La suite à la prochaine rentrée.

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Natchave

Jusqu’à il y a peu, en philosophie, antique patrie du concept poli à la main et de la dialectique fin moulue, Alain était synonyme de commerce pondéré, de sagesse en trois points et de radicalisme sur coussin d’air. Enfin Guyard vint. Guyard le goliard, le poissard, le soudard, nous rappelant que les Alains, long time ago, furent une tribu des plus barbares. Avec lui philo se fit folie, défroqua la toge, mit les doigts dans le nez et dans la prise, se risqua aux mauvais lieux et substitua au portique de Zénon ceux que Dame Sécurité impose à l’entrée des centrales. En témoignent à la barre les trois titres qu’icelui publia au Dilettante, on l’y voit philosopher au coeur de la taule, frôler le ravin avec des Gitans et s’encanailler la sagesse avec tout ce que le monde compte de marginaux. À lire Natchave, son quatrième titre, le dossier de l’auteur s’épaissit : natchave, en bel argot, signifiant « s’en aller, partir, se faire la belle ». S’y démontre en effet ce que le futur pensant retiendra comme « le théorème de Guyard ». Énonçons : « La profondeur de la pensée est fonction de l’usure des semelles. » À savoir que si, quelqu’un se dit penseur, matez-lui les tatanes : pures d’éraflures, vous avez affaire à un rentier du logos, un de ces fonctionnaires du cogito qui touillent la soupe conceptuelle dans un sens puis dans un autre ; mais, si elles sont usées jusqu’à la corde ou si le crèpe est fourbu, sans doute avez-vous touché un vrai, un tatoué du jus de crâne. Car le philosophe va et sa pensée va de concert, marche, rôde, randonne, dort dehors et rentre tard, passe en fraude. Au fil de ce flamboyant et turgescent traité de philosophie à grandes foulées, Guyard nous modèle un Socrate SDF, lointain disciple des chamans thraces, nous cisèle un portait d’Antisthène l’anti-système, maître de Diogène, déroule l’histoire des goliards, escholiers en rupture de colliers académiques et de bancs de galère scolastique, entrelardant le tout de tranches de vie juteuses, guyanaises, camarguaises et surtout gitanes. Tous les chemins mènent aux Roms.

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Supplique à Gorbatchev pour la réhabilitation de Staline

Voilà un pays, l'U.R.S.S., qui s'en va à vau-l'eau. Et tout le monde de se féliciter de cette chute, en oubliant au passage que le communisme fut, selon Paucard, une ultime tentative religieuse, sacralisante, pour sauvegarder les habitudes par la sainte terreur que doit inspirer une liturgie impitoyable. Staline avait compris qu'en fait de politique, une fiction égalitaire ne peut survivre qu'en appliquant son programme à l'envers. La promotion généralisée des innocents en coupables, voilà ce que fut la réalité théâtrale du stalinisme. Alain Paucard s'attaque dans cette Supplique, écrite en février 1991, à un lieu commun des plus tenaces : la supériorité indiscutable de la démocratie sur la dictature. Mais il le fait, bien sûr, pour des raisons esthétiques.

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Tartuffe au bordel

Et une fois de plus, comme un seul homme, la Rosalie au canon, l’étendard brandi et donnant du clairon, Alain Paucard lance l’assaut, fonce dans la brèche ! Celui qui défendit, seul contre tous, la mémoire calomniée de Joseph Staline, prit fait et cause pour la série B, déchaîna sa ire contre les vacances, se fit le Bossuet du pur malt, sacrifia au culte d’Audiard et fit de Guitry l’une des très riches heures de la langue et de l’esprit français, ramasse aujourd’hui l’épée de Condé pour relever l’honneur du tapin, défendre en sa vérité la prostitution gauloise, menacée par une législation inique et maladroite. « Touche pas à ma pute » tonne le père Paucard depuis cette chair(e) généreuse où il aime tant à monter pour dénoncer les dérives puritaines, les hypocrisies bien-pensantes et la connerie au pare-chocs de 4x4 qui menace la si poétique péripatéticienne, lieu de mémoire et figure clé du paysage français. Partant de la sage constatation qu’« il y a deux sortes de clients de prostituées : ceux qui vont les voir parce qu’ils n’ont pas de femme et ceux qui vont les voir parce qu’ils en ont une », Dom Paucard fait feu de tout bois, multiplie les exemples historiques, déroule toute une casuistique précise, inspirée de l’histoire récente, visant à démontrer que la prostitution ou art du monnayage érotique participe, non de l’esclavage (même si elle en prend souvent la forme), mais d’un exercice consenti de la liberté, une forme de commerce plus équitable que prévu. Démonstration étayée, et c’est l’un des plaisirs de ce libelle, par une expérience personnelle (n’oublions pas qu’il est l’auteur du Guide Paucard des filles de Paris, 1985) où flamboie cette maxime cinglante et roborative : « LA CHAIR N’EST PAS TRISTE, CERTES, ET VOYEZ DANS MON LIVRE. »

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Traité d’indifférence & La Nouvelle Année

Traité d’indifférence Courtes méditations sur la vie, les huit textes ont un arrière-goût de mort subite. Nimier s’y épluche de ses illusions, de ses mensonges salvateurs, hume la mort, flatte le vide comme un animal familier. Il ouvre le recueil sur un constat en forme de cul-de-sac ; suit un « beau travail d’écolier » sur la difficulté de « se connaître soi-même ». Hitler s’invite entre les pages, le temps d’un papotage acerbe. La Nouvelle Année C’est une histoire de voiture : elle braque, elle recule, elle fonce ; c’est une histoire de jeune fille : elle s’appelle Anne, porte jupe plissée, cheveu batailleur, mignonne petite plaie au cœur ; c’est l’histoire d’un garçon, Roland. Il vit au jugé, véloce et tâtonnant. Anne morte, flics aux basques : escaliers, voiture, fuite. Puis commissariat, tabassage, évasion. Un conte de Noël exécuté par Roger Nimier, noir comme la terre qui durcit sous la neige. Une morale : Noël sent le sapin. Bonne année !

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